Ceux qui renvoient dos à dos Droite et Gauche sur la question tunisienne, en se drapant dans une posture de donneurs de leçon, vierges de toute responsabilité d’action de politique internationale d'une nation, devraient bien réfléchir.
Le régime Ben Ali a cultivé l’assassinat discret et la torture. Il a jugulé les libertés individuelles, la presse et l'exemplarité démocratique. Il a confisqué au profit d’un clan une partie des ressources de son pays. Mais, il n’avait jamais réprimé le peuple tunisien de cette manière, avec tant de hargne.
La France, voisine et amie du peuple tunisien, pouvait mettre au ban ce régime sous prétexte qu'il ne lui ressemblait pas. Nous pourrions en faire autant avec un grand nombre de pays.
Les gouvernements tissent entre eux des relations complexes souvent basées sur des rapports ambigus ou simplement protocolaires.
Mais la moitié de l’humanité doit elle tourner le dos à l’autre ? La marche des peuples vers la démocratie universelle doit-elle être imposée, plaquée, ou peut-elle se révéler dans le temps à travers l’auto détermination des peuples ?
Plusieurs questions se posent. Sommes-nous légitimes, à imposer nos vues ? À s’ingérer dans la politique interne de nations souveraines ? Jusqu'où peut-on tolérer des atteintes aux Droits de l'Homme sans condamnation ? Cette liste n’est pas exhaustive.
Notre responsabilité n’est-elle pas de tout faire pour accompagner le progrès démocratique des peuples le plus subtilement possible tout en aidant, dans le respect de leur indépendance, les jeunes démocraties.
Aussi, dans ces conditions, y a-t-il eu une différence de positionnement entre la gauche et la droite pendant cette "Révolution du Jasmin" ?
A mon sens, oui. Quand Michèle Alliot-Marie propose le savoir-faire français pour réprimer en douceur un peuple oppressé depuis tant d’années, qu’elle ne condamne pas les violences commises, qu’elle n’appelle même pas, à plus de retenue, elle commet une faute inexcusable, incompatible avec sa fonction.
Elle a beau jeu de se défendre, personne n’est dupe de ses acrobaties de langage. Le peuple tunisien savait bien qu’il ne pouvait compter que sur lui-même. Mais cette compromission restera gravée dans sa mémoire.
Pendant ce temps, à gauche, le PS, comme d’autres partis, dénonçait avec fermeté et sans ambigüité les actes inqualifiables du régime Ben Ali. Les mensonges honteux en direction de la dernière période de cohabitation ont été magistralement annihilés par Lionel Jospin lui-même.
Le PS est résolument tourné vers l’avenir y compris sur les questions internationales. Le texte « Pour une nouvelle donne internationale et européenne » adopté à l'unanimité le 9 octobre 2010 affirme une politique ambitieuse qui prend en compte les nouvelles mutations de notre monde et réaffirme notre attachement au respect des droits de l’Homme.
Voilà pour la différence !
Et pour ceux qui retourneront en village de vacances, sur les plages de Djerba, peut-être que cette fois, ils regarderont plus loin que le palmier.
